Le maître du Haut Château de Philip K. Dick : une uchronie sous le signe de Yi King

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Même si je n’ai pas été très présente sur le blog depuis quelques semaines, j’ai tout de même continué mes lectures et notamment pour mon challenge de l’été S4F3s3 avec des romans de moins de 350 pages. J’ai ainsi pu enfin lire un livre qui m’intriguait depuis de nombreuses années mais comme tout livre de Philip K. Dick, il me fallait trouver le bon moment pour le lire et finalement j’ai dévoré en deux jours Le maître du Haut Château.
Le maître du Haut Château de Philip K. Dick dans une vieille parution des éditions J’ai Lu

En 1947 avait eu lieu la capitulation des alliés devant les forces de
l’axe. Cependant que Hitler avait imposé la tyrannie nazie â l’est des
Etats-Unis, l’ouest avait été attribué aux japonais.

Quelques années plus tard la vie avait repris 50n cours normal dans la
zone occupée par les nippons. Ils avaient apporté avec eux l’usage du
Yi-King, le livre des transformations du célèbre oracle chinoisa dont
l’origine se perd dans la nuit des temps. Pourtant, dans cette nouvelle
civilisation une rumeur étrange vint à circuler. Un homme vivant dans un
haut château, un écrivain de science-fiction, aurait écrit un ouvrage
racontant la victoire des alliés en 1945…
 

Ce qui m’attirait particulièrement dans ce livre était le coté uchronique du récit de Philip K. Dick. J’aime beaucoup ce style SF, qui lorsqu’il est bien amené nous propose souvent une reflexion affinée et précise d’évènements historiques. Dans le cas du maître du Haut Château, l’auteur nous propose une vision  alternative de la fin de la 2nde GM période charnière de l’histoire récente. Les Alliés ont capitulé devant les forces de l’Axe en 1947 et se sont les États-Unis qui sont divisés entre les deux vainqueurs. Le Reich d’Hitler applique son implacable politique sur l’Est des États-Unis, tandis que le Japon se voit hériter de la partie Ouest. L’histoire se place quelques années après la fin de la guerre sur la cote Ouest, où les japonais se sont installés pour remettre en route l’économie américaine.

Le récit de Philip K. Dick commence alors dans une drôle d’atmosphère entre le mélange de cultures américaine et japonaise qui tentent de cohabiter. Les japonais, collectionneurs dans l’âme, sont friands d’objets américains authentiques montrant un pan de l’histoire des USA mais tout en l’effaçant du présent. La culture américaine, elle, peine à ingurgiter la rigidité de la culture japonaise notamment au niveau des rapports entre les personnes. D’où un stress incessant pour les relations entre nippon, européens et américains. L’auteur nous présente d’ailleurs plusieurs personnages que nous suivrons au fur et à mesure. Bien que chaque personnage puisse être relié à un des autres d’une manière ou d’une autre, ce qui frappe au premier abord c’est la solitude de chacun d’eux.  Une solitude qui leur collera à la peau tel un voile toujours plus épais entre eux et la réalité.

– le brigandage nazi, c’est une tragédie, bégaya Joe au moment où il dépassait un camion qui marchait lentement. Mais le changement est toujours brutal pour celui qui est le perdant. Rien de nouveau. Regarde les révolutions précédentes telles que la Révolution française. Ou Cromwell contre l’Irlandais. Trop de philosophie dans le tempérament germanique; trop de théâtre, aussi. Tous ces rassemblements. Tu ne verras jamais un vrai fasciste parler, mais seulement agir comme moi. Exact ?
– Dieu ! dit-elle en riant, tu viens de parler à raison d’un kilomètre et demi à la minute.
– Je suis en train de t’expliquer la théorie fasciste de l’action ! s’écria-t-il très surexcité.
Elle ne pouvait répondre; c’était trop drôle.

Dick nous propose un récit parfois hermétique comme dans beaucoup de livres de sa bibliographie (j’ai des souvenirs d’Ubik et de la complexité de son récit). J’ai particulièrement aimé l’omniprésence du Yi King ou livre des
changements dans ce récit. Chaque personnage l’utilisera pour répondre à ses
questions sur leur non-avenir. Car, dans le maître du Haut Château, tout finit par être faux et plus on avance dans la lecture plus on sent que rien n’est vrai et que même la réalité décrite s’effrite. A commencer par les relations entre le Japon et l’Allemagne qui après avoir entretenus durant la guerre des « objectifs » communs démontrent ensuite toutes leurs différences au point de se regarder en chien de faïence d’un coté et de l’autre des Rocheuses. Mais également pour ce qui est des personnages : leur vie, leur choix ou leur avenir tout finit par être faux et creux, ce désespoir omniprésent est un peu la patte de l’auteur elle aussi et cela apporte une profondeur à ce récit uchronique mais également une note d’irréalité.

Un récit uchronique bien construit sur une alternative à la fin de la 2nde GM. Philip K. Dick nous propose une histoire d’où transpire une profonde solitude et un sentiment constant de faux dans chacun de ses recoins. J’ai beaucoup aimé lire ce livre même si je conçois qu’il soit assez hermétique pour pas mal de monde. L’auteur nous plonge dans une réalité alternative et finit par nous démontrer que tout y est plus ou moins faux. De plus l’avenir et le futur des personnages est absent, tout semble se résumer au moment présent où le Yi King vous aide à prendre des décisions. Un livre intéressant pour un auteur qui ne l’est pas moins. Plonger dans les méandres de l’esprit de Philip K. Dick reste pour moi une aventure lors de la lecture de chacun de ses livres.

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