Madharva de Mathieu Rivero

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Depuis le 25 Mars, Projets Sillex a débuté sa deuxième campagne de financement participatif avec cette fois-ci un livre de Mathieu Rivero : Madharva. Un roman cyberpunk, une magnifique couverture de Qistina Khalidah et un projet un peu dingue des éditions Projets Sillex : créer un circuit court du livre et rémunéré ses auteurs à hauteur de 30% des montants collectés.
J’ai eu la chance de pouvoir lire Madharva avant la fin de la campagne (merci les éditions Silex pour votre confiance) et je vous propose de vous en parler, et si cela vous plait, foncez participer à son financement, c’est par ici et jusqu’au 27 Avril.

Ancien Casque Noir, enquêteur chevronné,
hackeur sur les bords, David De Vries fait parfois de mauvais choix.
Accepter de traquer les agresseurs de Madharva, la chanteuse cyborg la
plus populaire du moment, entre dans cette catégorie.
Se plonger au sein du conflit qui oppose transhumanistes et gardiens du corps, également.
Dans le clair-obscur urbain, au milieu d’une enquête qui poussera David contre tous les murs, clignote au loin un néon : l’Art.
Suivrez-vous la voix de Madharva ?

Madharva est un court roman cyberpunk. Auparavant publié chez Walrus
éditions puis chez Rivière Blanche sous le titre La voix brisée de
Madharva
, ce roman a connu plusieurs transformations avant l’édition actuelle publiée Projets Sillex.

Le cyberpunk, qu’est ce que c’est ?

Des livres de style cyberpunk, j’en ai lu peu (en fait un seul…), ce n’est donc pas un genre dont je maitrise les codes. Mais comme j’aime bien en apprendre un peu plus sur les sous-genres de la SF, je suis allée chez Apophis pour me faire une idée et voici le résumé du style Cyberpunk et dérivés :

  • Une SF de futur proche centrée sur les
    technologies émergentes (implants cybernétiques, IA, réseaux,
    nanotechnologie, génétique), avec souvent (mais pas toujours) un cadre
    dystopique dans lequel le capitalisme et les corporations règnent en
    maîtres suprêmes.
  • But : essentiellement réflexion.
  • Types de sciences : ces sous-genres sont surtout centrés sur les sciences « dures ».
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte :
    en général faible, même s’il y a des exceptions (cycle de Takeshi
    Kovacs). Dans l’écrasante majorité des cas, l’univers du roman se limite
    à la Terre, au pire au système solaire, et le futur décrit l’est
    presque toujours à l’échelle de quelques décennies, et dépasse rarement
    le 21ème siècle (sauf par exemple dans le cycle Câblé de Walter Jon Williams).
  • Complexité écriture / psychologie des
    personnages : l’écriture est en général solide, tandis que la
    psychologie des personnages est complexe. Le cyberpunk, par rapport au
    Space Opera, est presque ce que représente la Dark Fantasy par rapport à
    la High : une tentative d’avoir un univers plus sombre, réaliste, et
    une psychologie des personnages plus nuancée, complexe, ambivalente,
    etc.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton :
    l’univers est, du fait de son aspect anticipation et du grossissement
    des traits les plus sombres de nos sociétés actuelles, douloureusement
    réaliste. Le ton est très noir dans le Cyberpunk classique, parfois
    nettement moins dans le Postcyberpunk, voire au contraire totalement
    optimiste dans le Solarpunk !

Gardons cette référence en tête et parlons de Madharva de Mathieu Rivero.

Madharva est une chanteuse a succès, une cyborg. Musique commerciale et paroles juste ce qu’il faut d’engager, elle fait un carton album après album. Suite à une agression brutale et sans pitié, Madharva (et son très possessif agent) décident d’engager un garde du corps / détective pour protéger la chanteuse et découvrir qui l’a agressé. De son coté, David de Vries est un ancien casque noir à la recherche de son prochain contrat alors quand Caroline, une ancienne partenaire, lui propose le job bien payé du moment : il n’a pas l’ombre d’une hésitation même si dans le contrat, une augmentation neuronale est obligatoire… A partir de ce moment, David se retrouve plonger au milieu d’une bataille idéologique entre entre transhumanistes et naturalistes dans laquelle il va devoir utiliser toutes ses capacités pour éviter les bombes logiques et autres fanatiques qui se trouveront sur sa route.

Homo sapiens ou homo technologicus ?

Un roman cyberpunk donc, un futur indéfini mais que l’on imagine pas si lointain dans une mégalopole anonyme. Au centre de ce récit les « augmentations » auxquelles les humains ont maintenant accès : implant neuronaux, prothèses cybernétiques, petit « plus » physique mais surtout la Tapestry omniprésente où l’on peut s’immerger totalement dans un monde virtuel. Dans son roman, Mathieu Rivero ne nous parle pas de corporations toutes puissantes (même si avec la société Ascensus on pourrait se poser la question) comme c’est souvent le cas dans les romans cyberpunk mais plutôt d’une dualité entre humain « naturels » et humains « augmentés » qui sera le cœur du récit. Un récit où se mélange enquête et industrie de la musique mais surtout un texte qui pose bon nombre de questionnements sur la place de l’individu dans un monde divisé entre humains normaux et augmentés.

« Augmentés, cyborgs, ne soyez pas comme moi : ne vous laissez pas
emprisonner. C’est à vous de décider de ce que vous faites de vos
augmentations, de votre corps ! L’Habeas Corpus n’est pas respecté.
Faites-le savoir ! Ne supportez plus l’oppression ; luttez pour vos
droits, contre l’oppression. Luttons contre les corporations qui
profitent des augmentés, à coup d’obsolescence programmée, de tactiques
marketing »
« honteuses ! Ceux qui vous forcent à rester confinés
doivent être confrontés ! Honte à ceux qui ne respectent pas les corps
augmentés. Une prothèse n’est pas un outil, c’est un membre »

Dans son récit, Mathieu Rivero explore les relations entre humains naturels et humains ayant eu accès à des augmentations. Entre les personnes qui ne veulent pas altérer leur corps, ceux qui suite à des accidents de la vie voient dans les prothèses une possibilité de retrouver ce qu’ils ont perdus et enfin ceux qui rêvent d’être juste « plus », le terreau est mis pour que tous les fanatismes se développent. Une réflexion sur l’avenir de l’homme dans une société qui demande toujours plus mais qui en même temps freine tout changement trop radical… en fait c’est très actuel tout ça !

« Ces trois jours, lents et intérieurs, me laissèrent décidé et
ragaillardi. Quand je me sentis prêt, physiquement et
intellectuellement, je sortis du bloc et me dirigeai vers Ascensus sous
une pluie toujours aussi sinistre.
Novembre, décembre, je vous hais. »

J’y ai retrouvé un petit goût de Greg Mandel, le personnage principal de Mindstar de Peter F. Hamilton, à suivre David De Vries dans son enquête et dans son activité plus qu’impressionnante de hacker. J’ai adoré lire les combats menés dans la Tapestry entre notre enquêteur de choc et les sociétés de sécurité , je m’y voyais comme dans Tron ou Matrix ! Très réaliste, la plume de Mathieu Rivero est claire et directe, facile d’accès, ce qui fait de Madharva un récit très visuel.

« Je courus alors, les gardes à mes trousses. Ils m’envoyaient des virus
qui s’épuisaient le temps de parvenir jusqu’à moi et qui les
ralentissaient, puisqu’ils empruntaient les mêmes chemins. Dans les
fulgurances des boucliers qui grillaient les petits programmes, inondés
des rayons artificiels de la simulation, nous prîmes des ruelles et des
boulevards, traversant tous les appareils possibles et imaginables :
PDA, augmentations neuronales, taxis et distributeurs de préservatifs,
tout y passait. »

Où l’art s’invite 

Mais Mathieu Rivero ne s’arrête pas là, en plus des réflexions sociologiques sur l’homo technologicus, Madharva est aussi un roman sur l’art. Le rapport à la création et le choix d’un artiste d’évoluer au-delà de ce que peu attendre son entourage ou son public. Le coté le plus original du récit pour moi qui ajoute une note douce amer au roman.

Au final, Madharva me semble un roman idéal pour découvrir le cyberpunk. Un récit en forme de polar dans l’industrie de la musique posant beaucoup de pistes de réflexion sur notre société et notre rapport à l’autre mais aussi à l’art. Une très bonne lecture pour un roman court tout en tension qui m’a bien scotché tout le long de ma lecture et un auteur que j’aurais plaisir à lire à nouveau. Encore une fois, on peut faire confiance aux éditions Projets Sillex pour nous proposer un texte de qualité.

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3 thoughts on “Madharva de Mathieu Rivero

  1. Est ce que j'ai bien choisi mes extraits ? peut être pas… (zut) pourtant Madharva et la plume de MAthieu Rivero valent tout de même le détour !
    Après, le cyberpunk, même si j'ai aimé les deux lectures faites n'est pas mon style SF préféré 😉

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