La guerre du pavot de R. F. Kuang

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De temps en temps, j’aime sortir (un peu) de ma zone de confort niveau lecture tout en découvrant de nouvelles autrices. Avec La guerre du pavot de R. F. Kuang, j’ai non seulement choisi de lire de la Fantasy mais ce roman est également un tome 1, un beau pavé de plus de 560 pages ET un premier roman. Bref, pas vraiment mon type de lecture habituel alors j’ai été ravie lorsque Vanille du blog La bibliothèque derrière le fauteuil a accepté d’en faire une Lecture Commune. Vous pouvez lire sa chronique car elle a été plus rapide que moi XD. La guerre du pavot de R.F. Kuang est sorti début Juillet dans la collection Exofiction des éditions Actes Sud.

Dans un monde médiéval, deux pays s’affrontent depuis des siècles : un immense empire, Nikara, et une petite île, Mugen. Jeune orpheline, Rin décide de tout faire pour échapper au mariage qu’ont arrangé ses parents adoptifs. Aidée d’un bibliothécaire qui s’est pris d’affection pour elle, elle se met à étudier en vue du concours Jeju, qui donne aux enfants les plus brillants du pays accès à l’académie militaire de Sinegard, chargée de former les futures élites de l’empire. Après sa formation, sous l’égide d’un vieux maître fantasque et mystérieux, qui va peu à peu l’éveiller aux pouvoirs chamaniques qui sont les siens, la guerre larvée éclate de nouveau, sous les coups de boutoir de Mugen. L’académie est dissoute et ses membres affectés à l’une des douze divisions des Douze Provinces qui composent l’empire. Rin rejoint les sicaires de l’impératrice. Sous le commandement d’Altan, elle va devoir apprendre à maîtriser la force que lui prêtent les dieux pour tenter de venir à bout de Mugen.

La guerre du pavot commence comme un roman d’apprentissage. Le personnage principal Rin est une orpheline de guerre, pauvre, venant du Sud du pays bien loin de la Capitale. Alors que sa « mère adoptive » décide de la donner en mariage lorsqu’elle atteint ses 14 ans, Rin se révolte. Elle commence alors à étudier pour passer le concours Jeju, concours national qui permet d’intégrer différentes école réparties sur l’ensemble du territoire du Nikan. Rin vise la seule école gratuite, la meilleure : Sinegard qui forme les officiers de l’armée du Nikara. Une fois admise avec les honneurs commence alors pour Rin un apprentissage aussi bien social qu’académique dans cette école où les autres élèves sont pratiquement tous issus de familles nobles.

L’histoire fut une leçon d’humilité. Maître Yin, sa calvitie et son dos vouté commencèrent à s’étendre sur les épisodes honteux de l’histoire militaire du Nikan avant même que les derniers élèves soient entrés dans la salle de classe :

– Au cours du siècle dernier, l’Empire a livré cinq guerres. Et nous les avons toutes perdues. C’est pour cette raison que nous appelons ce siècle « l’Age de l’humiliation ».

J’ai trouvé cette première partie du roman extrêmement accrocheuse. L’autrice y démontre une envie de sortir des terrains classiques de la Fantasy et nous propose une héroïne vivante et passionnante que l’on découvre « en construction ». A noter, que l’autrice n’hésite pas à mentionner les menstrues de son héroïne ce qui contribue à nous la représenter très « réelle ». Un roman de Fantasy qui marque son coté atypique en développant le shamanisme des guerriers « traditionnels » de l’empire Nikara. Ces guerriers qui se mettent à disposition des dieux et qui acquièrent alors une partie de leur pouvoirs. Étonnant et fort bien manié car tout en ambiguïtés : le prix à payer pour ces guerriers étant particulièrement élevé.

Le roman évolue ensuite avec le début de la seconde Guerre du pavot : d’un récit d’apprentissage il passe à un récit de guerre et c’est là que l’autrice m’a moins convaincue. Alors que le coté shamanique de la troupe d’assassins du Nikan créé par l’autrice m’a bien accroché, c’est les relations entre les personnages qui pour moi manquent de profondeurs. Certaines relations sont surjouée ou sonnent faux notamment celle de Rin avec Altan. Le dernier tiers du roman m’a laissé perplexe, du bon mais un récit décousu qui m’a laissé un poil dubitative.

Il faut savoir que même si La guerre du pavot est un récit de fantasy, il s’inspire, sans se cacher, des guerres sino-japonaise : un grand pays divisé et une ile de guerriers ayant un objectif de conquête et d’asservissement voire d’éradication. C’est là aussi que ce roman n’est pas à conseiller à tout le monde. Les scènes de guerre sont particulièrement explicites et violente : âmes sensibles s’abstenir. La guerre du pavot est aussi un livre qui parle d’indépendance, de recherche d’identité et d’addiction. Des thèmes que l’autrice aborde de manière intelligente même si c’est parfois avec quelques maladresses. C’est tout de même le point fort du roman pour moi : une réflexion sur la possibilité de l’ascension social lorsque l’on ne connait pas ses origines, le doute, la colère devant l’injustice et la tentation de l’oubli via les drogues. Des thèmes qui restent puissants.

Au final je trouve que La guerre du pavot est un premier roman réussi. On pourrait le qualifier de Fantasy historique avec des éléments Fantasy très présents. Certes, il y a quelques maladresses dans la narrations et les relations entre les personnages manquent parfois de réalisme mais l’univers créé est très intéressant. Je rappelle (parce que ce n’est pas du tout visible sur la couv’) que La guerre du pavot est un tome 1, pour le moment il y a trois tomes sorties en VO.

Un dernier point pour parler de la couverture de ce premier tome. Dans la collection Exofiction, Actes Sud met rarement des personnages en couv’, j’ai donc était agréablement surprise par cette illustration que j’ai trouvé, au premier abord très réussie. Et puis, j’ai vu sur les réseaux sociaux que la couv’ ne faisait vraiment pas l’unanimité, sur le moment je n’ai pas trop compris pourquoi et maintenant que j’ai fini le livre, je sais et je suis d’accord. Le personnage de Rin, que l’illustration de couv’ est censée représenter, est décrite comme ayant la peau bien plus foncée (elle vient du sud du pays où la population, pauvre, travail dans les champs) que les autres personnages issus des familles aristocratiques (qui ont des peaux très claires et se cachent du soleil). A un moment du livre, l’autrice utilise même le terme « basanée ». Bref, le personnage de l’illustration de couverture est clairement trop blanc, non représentatif du roman, inapproprié donc.

Les teintes de peau qu’elle avait observées parmi les gens de la caravane s’étaient éclaicies à mesure qu’ils progressaient vers le nord. Elle savait que les habitants des provinces nordiques étaient des industriels et des hommes d’affaires, des citoyens aisés de classe supérieur. Ils ne travaillaient pas dans les champs à l’instar des fermiers Tikany. Néanmoins, elle ne s’attendait pas à ce que les différences soient si marquées.

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