Une désolation nommée paix d’Arkady Martine

Je vous ai parlé cet été sur le blog d’Un souvenir nommé empire d’Arkady Martine pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur. Je reviens avec la chronique de sa suite : Une désolation nommée paix d’Arkady Martine, une replongée dans la politique de l’empire Teixcalaanli.

Une désolation nommée paix d'Arkady Martine

Une force d’invasion alien se masse aux portes de l’espace teixcalaanli, muette et menaçante. La commandante Neuf Hibiscus n’a d’autre recours que l’option diplomatique, et c’est ainsi que Mahit Dzmare, l’ambassadrice de la station Lsel, et Trois Posidonie, son ex-chargée de liaison – encore sous le choc du récent soulèvement de l’Empire –, se retrouvent en première ligne, investies de la tâche impossible de communiquer avec cette entité hostile. Leur échec se traduirait par des millions de morts, leur succès garantirait la survie de l’Empire. À moins qu’il n’existe une troisième voie…

Quelques mois après la fin d’Un souvenir nommé empire, Mahit est de retour sur la station de Lsel, dans un désœuvrement presque complet… qu’est ce que Lsel peut faire d’une ambassadrice qui ne peut pas faire de diplomatie ? Pour assurer sa survie, Mahit doit jouer un jeu des plus tortueux sur la station, trouver des alliés parmi les conseillers, fuir la conseillère de l’héritage et tenter de ne pas se faire ouvrir le crane. De son coté Posidonie est sous-secrétaire au ministère de l’information, Dix-neuf Herminette est la nouvelle impératrice, Cinq Agathe a été nommée ezuazuacatlim. Chaque personnage à sa nouvelle place comme sur un échiquier pour attaquer une nouvelle partie : la découverte d’un nouvel ennemi pour l’empire.

Ce second tome est dans la lignée exacte du précédent mais dans un univers plus Space Opera que Planet Opera. Arkady Martine nous écarte du siège du pouvoir de l’empire Teixcalaanli et du trône de lances solaires pour, d’un coté, nous faire vivre la vie de soldat de l’empire sur la ligne de front et de l’autre, suivre les pas de Cinq Antidotes à travers les méandres du pouvoir.

Dans Une désolation nommée paix, on retrouve l’empire confronté à un ennemi inconnu mais également incompréhensible. Une première pour cet empire millénaire qui se relève juste d’une tentative de coup d’état et qui doute des affiliations de chacun alors que la nouvelle impératrice construit les bases de son règne.

Trois Posidonie n’avait encore jamais été débriefée par un officier de la Flotte teixcalaanlie, encore moins par une yaotlek. Il s’agissait là pour elle d’une nouveauté absolue. Elle trouvait cela moins effrayant qu’un debriefing par une ezuazuacat à moins de six heures de devenir impératrice. Face à Dix-neuf Herminette, difficile de ne pas faire pâle figure, même pour cette yaotlek qui semblait tout droit sortie d’un casting d’holodrame.

J’ai autant apprécié ma lecture de ce second tome que celle du premier notamment pour sa galerie de personnages particulièrement attrayante et bien construite mais également pour les intrigues politiques qui sont le cœur de cette duologie. Dans ce second tome (qui semble ne pas être le dernier tome de la série), l’autrice questionne sur l’appartenance à un état, à une culture : peut-on choisir de donner sa loyauté à un état qui n’ai pas le sien sachant que celui-ci ne vous considèrera jamais réellement comme l’un des siens ? Quand l’amour d’une culture et de ce que tout ce qu’elle véhicule vous parle plus que la votre : est-on une anomalie qui ne peut qu’être éradiquer, n’appartenant pas vraiment à l’un mais plus du tout à l’autre ? Des questions qui hantent Mahit et que Trois Posidonie va mesurer à ses dépend.

Une rencontre entre deux espèces fondamentalement différentes dans toutes les aspects de leurs vies peut-elle se dérouler autrement que comme un combat à mort ? Annihilation mutuelle, assimilation ou cohabitation pacifique ? L’autrice ne réinvente pas l’eau chaude en nous interrogeant sur le chemin de la paix toujours difficile à arpenter. Ce n’est clairement pas à ce niveau là que l’autrice est novatrice même si j’aime beaucoup le coté optimiste qui ressort de son récit malgré l’immuabilité que représente l’empire Teixcalaanli.

Je parlerai de facilité de narration à certains moment, d’un récit moins surprenant que le premier tome mais également d’un roman qui reste addictif avec des personnage franchement passionnants (je vous ai déjà dit que c’était un des gros points forts de ce texte ?) et l’autrice fait également montre d’une belle touche d’humour !

« J’ai demandé au ministère de l’Information de m’envoyer un traducteur, précisa-t-elle lorsque le silence revint.
– Ce n’est pas d’un traducteur que vous avez besoin, réagit Douze Fusion, mais d’un tir de barrage destructif. Ce qui a produit ça ne devrait pas exister.
– Ah j’imagine qu’ils n’en pensent pas moins à notre sujet, dit Vingt Cigale avec une malveillance aussi sèche que du brillant d’étoile en évaporation. Peut-être devrions-nous essayer de leur parler pour voir s’ils ne voudraient pas plutôt autre chose de nous. A moins que vous n’appréciiez de voir des pilotes d’Écharde se dissoudre de l’intérieur, premier ikantlos.

Encore une fois, le temps du roman est très court, quelques jours à peine, et les actions s’enchainent, l’autrice variant les points de vues autant que les situations. La fin est ici encore une vraie fin (tout comme dans Un souvenir nommé empire), pas de palpitations à prévoir donc si la suite ne sort pas tout de suite. J’ai beaucoup aimé ma lecture même si ce second tome n’a pas été un coup de cœur. L’univers construit pas l’autrice me plait beaucoup et j’ai particulièrement aimé la culture riche de cet empire qui rayonne et le récit très visuel qu’elle développe au fil des pages. Une belle découverte et une autrice dont je serais curieuse de lire d’autres textes.

Teixcalaan – 2 : Une désolation nommée paix
éditions J’ai Lu – collection Nouveaux millénaires
Traduction : Gilles Goullet
Illustration : Jaime Jones

7 réflexions sur “Une désolation nommée paix d’Arkady Martine”

  1. Très très bon à savoir pour quelqu’un qui veut commencer. Je ronge encore mon frein car j’aimerais attendre que la saga soit complète pour me lancer mais la tentation est de plus en plus présente surtout en voyant un qualité qui se tient comme ça.

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    1. Je t’avoue que moi aussi jusqu’à ce que je fasse quelques recherches et que je vois que l’autrice ne fermait pas la porte à une suite. Bon après rien n’est prévu pour le moment, perso je considère la série finie 😉

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